Et bien… ça dépend parce que…
… Hep, vous là-bas ! Ne partez pas tout de suite en courant comme un dératé et revenez, ceci est définitivement un post sérieux (et franchement très long). Si, si, promis.
D’ailleurs, avant tout développement ultérieur, posons deux choses.
La première est la définition du yaoi. Après tout, tout le monde n’est pas censé savoir (et heureusement) qu’il s’agit d’un genre manga/anime ayant pour propos essentiel une ou plusieurs relations amoureuses explicites entre hommes. On citera par exemple Yamane Ayano parmi les auteurs prolifiques du genre, et parmi les titres *références* “Ai no Kusabi” qui est en réalité un roman japonais adapté en anime. A noter qu’il existe une version édulcorée du yaoi nommée “shonen ai” dont les Clamp sont particulièrement friandes (pour mémoire et sans être exhaustive : Tokyo Babylon et RG Veda), bien que leur propos principal en soit éloigné. Disons que dans leur cas, c’est *juste* la cerise sur le gâteau. Dans les deux cas, le genre est produit par des mangaka femmes, à destination d’un public… tout aussi féminin. A ma connaissance, aucun auteur masculin ne s’est encore manifesté sur ce créneau et à mon humble avis, ce loustic-là, on peut l’attendre encore longtemps. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que l’existence – et le succès – du genre en question repose pour l’essentiel sur la matérialisation en 2D d’un fantasme typiquement féminin, et qui dit fantasme dit déconnexion pleine et entière des considérations bassement pratiques de la vie réelle. En bref, il y a dans le yaoi des personnages masculins au physique impossible évoluant dans un monde fantasmatique étrangement débarrassé des petites contraintes domestiques.
La deuxième chose à prendre en considération dans le cadre de cet article est essentielle et tient en peu de mots : il n’y a PAS de yaoi, ni même de shonen ai dans le manga de Kurumada. Pas l’ombre de la moindre petite allusion minuscule. Rien, nib, niente, que dalle, nada.
Et là vous allez me dire : “ Mais…. Alors… le rapport ?” Et je vais vous répondre : “Aucun… ou presque”.
Dans les fandoms de tous horizons, qu’ils concernent des mangas, des romans, des films, des séries TV, vous pouvez être sûr et certain que vous y trouverez toujours des écrits ou des dessins en relation avec le yaoi (ou le slash pour tout ce qui n’est pas japonais, le sens demeurant identique) et ce, même à partir d’œuvres dont la perversion est hautement improbable pour la majorité. Je suis moi-même la plupart du temps totalement effarée de ce que je peux découvrir au hasard de mes errances sur la toile, et me surprends souvent à me demander comment diable une telle déviation peut être ne serait-ce qu’envisagée.
Seulement voilà. Saint Seiya ne me pose aucun problème de ce point de vue. Alors, plutôt que de me lancer dans une logorrhée stérile, basée sur une absence évidente d’arguments visant à convertir Pierre, Paul ou Jacques à cette déviation, autant tenter de comprendre pourquoi, dans le cas précis de StS, on trouve du yaoi.
Comme je l’ai déjà dit, rien dans le manga de Kurumada ne donne prise à une “yaoisation” de ses personnages, ni dans le scénario et encore moins dans leur aspect. Parce qu’il faut bien dire ce qui est, le style old school du mangaka est… comment dire… pas très attrayant, esthétiquement parlant.
Non, décidément, il me semble raisonnable de penser que c’est l’adaptation animée du manga qui est à l’origine de ce phénomène. En effet, la stylisation très particulière du duo Araki/Himeno a imprégné la quasi-totalité des personnages masculins des pré requis nécessaires : finesse et perfection des traits, silhouettes longilignes caractérisées par des hanches étroites et une musculature affirmée, longues chevelures soumises aux caprices du moindre brin de vent, regards ombrés derrière des cils d’une longueur démesurée… Féminisation physique des personnages ? On peut le voir ainsi. Par ailleurs doit être également considéré un trait particulier visant à offrir une vision torturée des corps. La délicatesse de certains d’entre eux, confrontée à la violence des combats, tend à induire facilement chez le fan l’idée que ces personnages-là sont nés pour souffrir. Physiquement bien sûr, mais par extension aussi et surtout psychologiquement. D’où le terme “angst” (violence psychologique), souvent accolé aux descriptions de nombre de fanfictions, yaoi ou pas d’ailleurs.
Dans le yaoi, les personnages masculins répondent à l’ensemble des critères énoncés ci-dessus. Si vous y rajoutez en plus, des variations dans les caractères des personnages, mettant d’un côté les fortes personnalités (les “méchants” en règle générale) et de l’autre celles qui sont plus faibles, douces ou posées, vous tenez là un terreau fertile propice à toutes sortes de combinaisons plus ou moins improbables, selon les interactions données dans le scénario de base.
Une autre des raisons avancées à la “yaoisation” de StS est l’importance des personnages féminins, considérée comme réduite à la portion congrue dans le manga et dans l’anime. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec ce point de vue. Il est vrai que dans le manga yaoi, si personnage féminin il y a, il convient d’admettre que ce dernier occupe une place à peu près aussi cruciale que celle d’une cruche posée au milieu d’une table. Elle décore, mais ça s’arrête là. Et comme en plus, son niveau d’intelligence se rapproche du zéro absolu, autant dire que son intérêt est nul.
Je ne crois pas que ce soit le cas dans StS néanmoins. Les quelques personnages féminins recensés occupent une place non négligeable à mes yeux, qu’il s’agisse d’Athéna bien entendu, mais aussi Marine, Shaina et même Shunrei. Alors, certes, à l’exception d’Athéna, aucune n’occupe de premier rôle, et toutes se contentent de graviter autour des personnages masculins plus qu’autre chose, sous forme de faire-valoir le plus souvent. Mais il serait faux de dire qu’elles sont inutiles à l’histoire, et inconvenant de les réduire à l’état de tableau de mauvaise facture accroché au dessus de la cheminée.
Cela dit, je reconnais que le propos de StS ne tourne pas autour d’une femme en tant que telle. Athéna est une déesse avant tout, un concept, un objectif. Et quand pour une fois, quelqu’un choisit de lui accorder un peu d’humanité (cf. le Tenkai), c’est l’auteur du manga qui pique sa crise. CQFD.
On tient les ingrédients, il manque le liant. Ce dernier, c’est dans le manga et dans l’anime qu’on le trouvera, tout en se targuant d’une perverse innocence. On nous parle d’une amitié existante et avérée entre deux personnages ? Pas de problème, l’amitié peut se dévoyer, le cas Milo*Camus est un classique du genre, tout comme Dohko*Shion. A l’inverse, deux personnages masculins se haïssent, l’un d’entre eux a peut être même fait souffrir l’autre plus que de raison ? Impeccable, il peut y avoir de la réconciliation dans l’air, ou mieux encore, une expiation de la faute commise, histoire d’alimenter encore un peu plus la torture psychologique, d’où les Shura*Aiolia relativement fréquents, et je vous passe les Saga*… tout le monde. Forcément. Sans oublier les compères par défaut, ceux qui ne sont pas forcément amis, mais qui ont en commun des exactions peu ragoûtantes qui les lient bien malgré eux le plus souvent… Ou les joies du trio Aphrodite/Shura/Deathmask dont les liens sont susceptibles d’être quelque peu “alimentés”, avec de l’imagination.
Dans la plupart des cas, les déviations yaoi d’œuvres qui ne le sont pas reposent de fait sur des points actés du scénario-support. Ces derniers n’ont pas cette vocation, ce sont les fans qui la rajoutent. Aussi, pour ma part, rien ne m’insupporte plus que certaines excitées qui soutiennent mordicus que les allusions existent bel et bien dans StS. Non. Ca, ça s’appelle une tentative de justification foireuse ou de dédouanement désespéré par peur d’assumer sa propre propension à la déviation. J’écris du yaoi, mais je ne me cache pas derrière un mangaka ou une société de production d’anime pour le justifier. La seule personne derrière qui je pourrais me planquer est moi-même, et vu l’épaisseur, ça ne risque pas de fonctionner bien longtemps. Donc j’assume.
A cet sujet, je vous causerais bien volontiers de ce que le yaoi peut produire de meilleur mais aussi de pire. Néanmoins, compte tenu de la longueur plus que respectable de cet article, dont le modeste objectif était de poser quelques acquis préalables, je vous laisse sur ces généralités, et le reste fera l’objet d’un prochain post.